Lancement de la revue Hurle-Vent

Hurle-Vent est une revue de littérature générale dont je suis la rédactrice en chef.

Chaque numéro explore une thématique à travers la plume de profils variés d’auteurs francophones contemporains et propose une diversité de genres littéraires : nouvelles ou textes courts, poésie et théâtre.

Par son contenu visuel et écrit, Hurle-Vent associe réalisme et conceptuel, exubérance et sobriété. N’hésitez pas à découvrir le premier numéro, « Folies », sur notre site Internet https://hurle-vent.com/

Publication semestrielle disponible en ligne et en librairie.

Couverture : Andy Julia

Genèse de la publication

Hurle-Vent est le fruit d’affinités littéraires affirmées, de rencontres avec des auteurs talentueux et d’années de réflexion.

Hurle-Vent rassemble des écrits inédits d’auteurs et d’autrices à la personnalité marquée, parfois aux frontières de l’expérimental.

Hurle-Vent opte pour la modernité plutôt que pour la nostalgie. Certes, la société actuelle asphyxie la parole et les idées. Mais faut-il réellement lui tourner le dos pour ne plus l’entendre hurler, aboyer ?

Juliette transformée en crevette

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Court récit jeunesse à lire aux mauvais enfants :

Juliette est toujours punie. Par papa, maman, le maître d’école. Parfois par grand-mère ou grand-père. Mais surtout par maman. Il faut dire que maman manque cruellement d’humour, elle ne rit jamais. Juliette, elle, se trouve très drôle. Et qui y-a-t-il de plus drôle qu’un clown et une tarte à la crème ? Les bêtises, pardi ! Surtout quand elles font enrager papa et maman. L’endroit idéal ? Les restaurants, bien sûr ! De la brasserie au fast-food, il y a tant de bêtises à inventer dans ces endroits-là. Faire des avions en papier avec les dessous de table. Donner tous les morceaux de pain au chien de la voisine. Bricoler les fourchettes pour en faire des lance-pierres. Boucher les toilettes avec des poignées de cacahuètes.

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Une affaire inclassable

Théodore Géricault, Étude de bras et de main (pour Le Radeau de La Méduse)

Vous souvenez-vous de ce fait divers sordide survenu l’été dernier ? Les bras d’une enfant avaient été découverts en pleine campagne, dans une basse-cour, sous l’ombre d’un coq. Aucune disparition n’avait été signalée dans les environs. Aucun reste humain n’avait été déclaré aux autorités. Seuls les ongles vernis de rose permettaient d’identifier à la première approche le sexe de la victime. L’affaire fut classée rapidement, une archive perdue dans une étagère de mystères à jamais irrésolus.  Lire la suite

Le Rêve – Partie III

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Johann Heinrich Fussle, Le rêve du berger, 1753

 

Seconde Partie

– Sois gentil mon vieux, sers-moi un p’tit rhum. commanda un homme, la quarantaine, affreusement maigre, au barman qui lui faisait face de l’autre côté du comptoir. Le client avait la mine grise et les cheveux hirsutes, il portait un costume de velours côtelé élimé de toutes parts. Son corps tout entier semblait sujet aux convulsions, lorsqu’il porta à ses lèvres le verre d’ambre jaune, des gouttes d’alcool tombèrent sur ses genoux qui s’entrechoquaient frénétiquement. Il ne le remarqua pas et continua à boire, le regard fixé au fond du verre à présent à moitié-vide. Au bout d’un moment, il redressa la tête et ses yeux s’arrêtèrent sur une pancarte placée derrière le bar. Lire la suite

Le Rêve – Partie II

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Salvador Dalí, The broken bridge and the dream, 1945

 

Subitement, je quittai ce tableau satirique pour un escalier en colimaçon, l’escalier central du logis. Il était d’un bois lourd et, malgré la pénombre, on y devinait des marches larges, rudes et froides. Cependant il en émanait une force étouffante qui les rendait presque vivantes, elles semblaient s’emparer de mes jambes et de mon esprit m’obligeant ainsi à les monter quatre à quatre. Lire la suite

Le Rêve

Robert William Buss, Dickens’dream, 1875

Première partie

 

Ma chère Claudine,

Je vais te conter un rêve étrange survenu hier soir. On dit que les songes d’une nuit sont les reflets de nos pensées et souvenirs dissimulés par les tâches quotidiennes. Ceux que l’on ignore tant ils font partie de nous, tel un grain de beauté placé au creux du genou.  Les petits détails et rendez-vous de la journée, les horaires de repas à contenter, les chemises à repasser, nous font oublier les événements et désirs qui nous ont transformés au cours de notre vie, des éléments qui guident nos choix en temps réel, à l’instant même. Tu connais notre rituel, ou plutôt le mien, de te décrire mes rêves les plus loufoques au lever du Soleil afin de ne pas les perdre dans la matinée. On ne peut se les remémorer très longtemps, à moins de les avoir racontés auparavant.

Je me retrouvais sur le palier d’une maison, elle avait cette atmosphère particulière propre aux demeures anciennes, chargées d’histoires familiales où vibrent fantômes, souvenirs douloureux et immenses bonheurs, deux sentiments rattachés à chaque vie, qu’elle soit pauvre ou gâtée. Inconsciemment, j’imaginais des enfants courir entre les meubles de bois défigurés par l’humidité et les insectes amateurs de tissu végétal. Le bruit de leurs pas résonnait de la cave au grenier, tandis que les grandes personnes dînaient au rez-de-chaussée, je pouvais entendre les rires de ces derniers au-delà des murs taillés dans la pierre à présent fissurée. Sans même me déplacer, je me retrouvais tout d’un coup dans la salle à manger. Cette pièce portait sur elle le parfum de la décadence, les effluves d’une abondance obscène, une fresque parodique de la bourgeoisie m’as-tu-vu. Un temple de Bacchus où jactait une dizaine d’hommes et de femmes corpulents vêtus à la mode de 1900. Réunis autour d’une table de chêne à la nappe tâchée de vin, ils s’esclaffaient, tapaient du pied, buvaient à outrance et mangeaient à même les doigts. Une servante apparut avec un plateau où gisaient des morceaux de volaille luisants de graisse et d’épices. L’assemblée se mit alors à glapir de joie, s’agrippant les babines tant elles se redressaient d’envie. A peine les autres convives furent-ils servis que le premier attrapa goulûment une cuisse de son assiette avant de l’envoyer en l’air. Aussitôt ses voisins l’imitèrent, empoignant ailes, blancs et sot-l’y-laisse. C’est alors qu’ils balancèrent adroitement la bonne chair au centre de la table. Et là, ma chère Claudine, je ne sais par quel mystère ce fut possible, mais le poulet se reconstitua de lui-même, toujours perché au-dessus du banquet. Cela amusa énormément les affamés qui, nullement étonnés, décidèrent de lui mettre une pomme dans le bec. « Mais c’est qu’il a l’air délicieux ce poulet, ainsi présenté ! Quelle allure ! Quelle prestance ! », s’exclama une femme à la coiffure relevée en chignon. « Eh bien ma chère, c’est simplement dû au fait que ce soit un poulet fermier ! », lui répondit un homme joufflu aux rouflaquettes grisonnantes. « Oui, du fermier ! Du fermier ! Du poulet fermier ! » reprit en chœur le reste de l’assemblée.

Seconde Partie

Troisième Partie

Victoria Nguyen Cong Duc

 

 

Suis-je une pétasse à bas prix ?

NicoleRichie

A Paris comme ailleurs, on se juge, on se compare, on se rabaisse et on s’honore, c’est humain. Mais l’image que nous accordons aux autres, sans les connaître, peut totalement restreindre la vision que nous avons de nous-mêmes.

Cet article a failli s’intituler « Chronique d’une cheap bitch ». Avant d’écrire ce papier, je me suis souvenue d’un évènement anodin survenu au mois d’octobre. Je venais de sortir de la FIAC au Grand Palais, exposition d’art contemporain connue pour son excentricité. Sine qua non, la FIAC a une connotation arty cool. Je me retrouvais à présent dans la queue du Lidl, à Strasbourg-Saint-Denis, une boîte de conserve dans une main et un smartphone dans l’autre. Les caisses de l’« enseigne préférée des Français » équivalent à 10 minutes d’attente. Le temps de poster une photo sur Instagram, avec le bon filtre, un titre sympa, couronnés par un point de géolocalisation. Une œuvre d’art en plastique s’ajoutait donc à ma galerie d’images retouchées. Dans un fou rire intérieur, j’ai pensé « T’es vraiment une cheap bitch ». Une fille semblant avoir une vie de paillettes, tandis qu’elle compte ses sous avant d’acheter du Kiri. Lire la suite

The Blue Whale Challenge, symbole d’une pression adolescente

BlueWhaleChallenge

Depuis quelques semaines, The Blue Whale Challenge alarme les familles, la presse et les gouvernements. Il touche les adolescents d’aujourd’hui, venus d’une génération considérée comme bénigne et abrutie par internet. Lire la suite